La seconde histoire porte le doux nom de Mon gros rat !
C’est la seule nouvelle du recueil à ne pas être construite sur le fameux et fondamental (selon moi)
triptyque : début / milieu / fin ; exposition / développement / résolution.
(Note : toutes les nouvelles de Tordu, y compris celle-ci, fonctionnent grâce à une chute ; ce moment sympa où le texte, depuis sa première majuscule, prend un nouveau sens, où
tous les éléments plantés révèlent leur seconde nature – j’adore !)
Disons qu’elle ne raconte pas une histoire, mais qu’elle présente un personnage dans une situation donnée – personnage, ici, passif, puisqu’il ne cherche même pas à s’en sortir, il subit. Elle a
bel et bien un socle (c’est l’histoire d’un type, affreusement amoureux de sa ravissante, qui se retrouve seul chez lui et qui se met à…), mais se concentre sur une
micro-action…
J’affectionne beaucoup moins ce genre de récit, mais celui-ci me plaît (sinon, il ne serait pas là…)
Pourquoi ?
Parce que c’est une sorte d’hommage à Kafka sans le « f » – vous comprendrez le coup du « f » en la lisant et vous verrez tout de suite à quel bouquin je fais référence (le
dire ici gâcherait une partie du plaisir de la découverte). Ce n’est ni plus ni moins qu’une blague de potache ; les descriptions m’ont procuré un plaisir fou. Que j’assume.
C’est la seule nouvelle qui joue à ce point sur les sonorités ; en ouvrant ses oreilles, on peut deviner la fameuse chute dès la première page.
Chute qui fait – Plouf !
C’est aussi la nouvelle dont l’origine remonte le plus loin. Je l’ai débutée il y a 5 ans ; elle portait le nom de Tap-tap-tap et ne racontait pas du tout la même chose. En
fait si… mais elle n’avait pas de chute. Ce qui fait qu’on lisait pendant 7 pages le récit d’un type passif à qui il n’arrivait rien (sinon qu’il s’apitoyait sur son sort…) Bref : c’était
typiquement le genre de came qui ne valait rien…
Je me rends compte qu’il n’y a, dans Mon gros rat ! vraiment aucune question
dramatique. Le protagoniste n’a pas d’objectif à atteindre – sauf, peut-être, celui de coller au mieux à l’image de lui que lui renvoie sa chère et délicate… Peut-être est-ce la seule situation
où une absence si criante d’objectif est acceptable ?…
…Quand on attend le retour de l’amour à s’en laisser dépérir…
…Ah, l’amour…
(Si ma mémoire ne me fait pas défaut, j’ai commencé Tap-tap-tap une nuit, devant une télé qui n’était pas à moi, en regardant un hurluberlu pêcher des anguilles à mains nues dans une petite rivière. J’attendais qu’il soit 7 heures du matin pour appeler mon amie – la même qu’aujourd’hui – sur le chemin qui devait la conduire de chez elle à la gare. Nous n’habitions pas encore ensemble.)
(À suivre...)
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